Amiens commémore les 80 ans du raid sur la prison
Amiens se souvient de cette opération alliée d’envergure du 18 février 1944 qui fit une centaine de victimes et dont le mystère demeure quant au réel objectif.
14.02.2024
JDA 1073
Un temps de cochon. Même pas anglais. Amiens est sous la neige et à table quand, en ce 18 février, à midi, 19 avions de la Royal Air Force déchirent le ciel et lâchent leurs bombes sur la prison. Une vague. Puis deux. 40 bombes au total. Des murs éventrés – celui de l’enceinte en porte toujours les stigmates – et plus de 300 des 700 détenus qui s’enfuient. Dans les décombres du pénitencier, une centaine de cadavres, sans compter les blessés chez les riverains car des maisons ont été touchées. Il faudra une semaine pour déblayer. Ce raid était parti à 10h50 depuis le nord de Londres. Le capitaine Pickard et son copilote John Broadley ne rentreront pas. Leur bimoteur s’écrasera à Saint-Gratien à 12h05, abattu par la riposte allemande, comme le raconte Jean-Pierre Ducellier dans son livre Les Secrets du bombardement de la prison d’Amiens (éd. Paillart).
Double leurre
Quatre-vingts ans après, le raid d’Amiens est toujours nimbé de mystères. Pourquoi une telle opération, celle que l’on a longtemps baptisé Jéricho ? Un nom affublé après coup, à la sortie du film d’Henri Calef en 1946, titré ainsi. La version que véhicule le film (et la propagande anglaise) est celle d’une opération visant à libérer des résistants. Or, « il n’y avait personne d’important à libérer, affirme Jean-Pierre Ducellier. Le bombardement de la prison d’Amiens [servait] à manipuler les services secrets allemands, [...] à faire croire que le débarquement se déroulerait sur les côtes de la Somme ». Et à donner du crédit aux informateurs qui avaient averti les Allemands. « C’est une histoire de double désinformation », résume l’enseignant Gérard Lobry qui coordonne les commémorations au nom du Souvenir français. Une ruse qui eut un prix : près de 100 victimes, inhumées au cimetière de La Madeleine au carré dit des Croix noires.
Antoine Caux
LE PROGRAMME
Projection du film Jéricho d’Henri Calef à 14h15 au cinéma Orson-Welles (gratuit sur rés. : amiens.fr/jericho).
Cérémonie commémorative à 11h30 devant la prison (avenue de la Défense-Passive). 11h55 : passage d’un Spitfire. Puis au cimetière Saint-Pierre où reposent les pilotes Pickard et Broadley. En présence de l’association Jericho44 avec sept véhicules dont une Jeep de la Royal Air Force. |
Mise à jour 17/02/2024 :
En raison de mauvaises conditions météorologiques, le vol du Spitfire prévu ce dimanche est annulé, par conséquent sa présence à l'aérodrome Glisy également.